Depuis 2013, le prix de thèse « Ecole de chimie de Rennes – René Dabard » distingue tous les ans un docteur, sans restriction d’établissement, pour ses travaux de thèse réalisés dans l’un des domaines suivants:

  • la chimie moléculaire
  • la chimie du solide et des matériaux
  • la chimie et du génie de l’environnement.

Ce prix récompense ainsi un jeune chercheur dont les travaux, d’une grande qualité scientifique, ont contribué au progrès des connaissances scientifiques, à l’innovation technologique et à une meilleure compréhension des enjeux de société et environnementaux.

Le prix de thèse est décerné par un jury composé de personnalités reconnues du secteur académique et du monde socio-économique.

Les critères d’évaluation portent sur l’originalité de la thématique de recherche, la prise de risque et la mobilité, la production scientifique (publications, brevets, prix).

Trois lauréats sont distingués tous les ans et reçoivent un prix 1500€ et 2 prix de 500€ remis par le Fonds de Dotation de l’ENSCR.

Ce prix de thèse est ouvert à tous les docteurs en chimie de France.

Pour le Prix de thèse 2019, les candidats doivent avoir soutenu leur thèse au cours de l’année 2018.

Le dossier de cinq pages maximum comporte un CV et un résumé des travaux de thèse en exposant les perspectives ouvertes par les résultats obtenus au cours de la thèse.

Ce dossier doit être envoyé par mail à direction-scientifique@ensc-rennes.fr au plus tard le 5 avril 2019.

Contact: direction-scientifique@ensc-rennes.fr ou 02 23 23 80 68

Les lauréats de 2018

Le 1er prix (1500€) a été remporté par Clément CHAUVIER qui a réalisé sa thèse au CEA de Saclay (DRF/IRAMIS/NIMBE).
« Les ressources fossiles que sont le gaz ou le pétrole permettent non seulement de couvrir la majeure partie des besoins énergétiques mondiaux, mais fournissent également les briques élémentaires carbonées utiles à des pans entiers de l’industrie chimique. L’utilisation massive de ces combustibles fossiles pose toutefois un problème écologique majeur, le réchauffement climatique, qui se doublera à terme d’un problème de disponibilité de ces ressources. Pour pallier ces difficultés, une des solutions envisagées consiste à abandonner progressivement les hydrocarbures fossiles au profit de ressources carbonées renouvelables telles que le CO2 ou la biomasse comme supports de stockage de l’énergie et/ou comme sources de produits chimiques. Fondamentalement, une telle entreprise requiert le développement de réactions chimiques de réduction, c’est-à-dire qui permettent de remplacer les atomes d’oxygène (O) par des atomes d’hydrogène (H). Alors que des millions d’années d’évolution ont doté la Nature de la machinerie adéquate pour promouvoir ce type de transformation, sollicitée par exemple lors la photosynthèse qui convertit le CO2 en sucres (CnH2nOn), il est autrement plus difficile de les réaliser en laboratoire dans des conditions douces et avec une grande sélectivité.
L’objectif principal de mes travaux de thèse a ainsi consisté à proposer puis à mettre en application de nouveaux concepts en chimie de réduction, en particulier pour inclure cette dernière dans le cadre de la chimie verte. J’ai ainsi précisé ce que devrait être un réducteur renouvelable, c’est-à-dire un réducteur qui opère en minimisant la demande énergétique du processus de réduction tout en assurant une économie d’atome optimale. En s’appuyant sur ces réflexions, j’ai étudié les propriétés réductrices de deux nouveaux types de réducteur chimique renouvelable que sont les formiates de bore et de silicium. J’ai montré que ceux-ci peuvent avantageusement remplacer d’autres réducteurs non-renouvelables classiquement utilisés en chimie organique, permettant ainsi de rendre plus durable une importante classe de réaction chimique. »

Un 2nd prix ex-aequo (500€) a été attribué à Laëtitia CESARI qui a réalisé sa thèse dans le laboratoire Réactions et Génie des Procédés (LRGP UMR 7274) à Nancy.
« La lignine est l’un des principaux composants du bois avec la cellulose et les hémicelluloses. Sa gigantesque structure est issue de l’association aléatoire de différentes molécules. En chauffant très vite cette lignine à haute température, il est possible de rompre les liaisons connectant ces composés. On obtient alors une pâte très visqueuse appelée bio-huile. Dans celle-ci, de nombreux composés aux formes similaires – les composés phénoliques – mais aux propriétés thérapeutiques distinctes, se côtoient et peuvent être extraits pour des applications futures. Ces derniers sont généralement récupérés à l’aide de plusieurs étapes d’extractions impliquant des solvants aqueux et organiques.
Les enjeux actuels envers la lignine sont donc de réussir à la valoriser comme ressource énergétique complémentaire au pétrole pour la production et l’extraction de composés phénoliques. Durant mon doctorat, j’ai eu l’occasion d’appréhender différentes approches complémentaires ─ simulation moléculaire, mesures expérimentales et dimensionnement d’unités industrielles ─ dans le but d’améliorer ces procédés d’extraction. Mon travail s’est également porté sur la recherche de nouveaux solvants, plus performants et plus respectueux de l’environnement pour l’extraction de ces composés. L’utilisation de liquides ioniques à la place de solvants organiques constitue une alternative prometteuse en améliorant l’efficacité de l’extraction, tout en diminuant la toxicité et les coûts liés à l’utilisation de solvants organiques classiques ».

Et à Cassandre Kouvatas (500€), qui a réalisé sa thèse à l’Ecole Nationale Supérieure de Chimie de Rennes, Institut des Sciences Chimiques de Rennes.

« L’anhydride maléique est un composé chimique synthétisé pour la première fois dans les années 1830. Il est au centre de nombreuses applications commerciales et sa demande à l’échelle mondiale n’a cessé d’augmenter (production en Europe en 2016 : 325 ktonnes). Ce composé chimique est produit industriellement par oxydation du butane en température. Cette réaction, pour être efficace, est catalysée par des composés pulvérulents particuliers : les phosphates de vanadium (VPO). Cependant, les structures détaillées de ces solides d’intérêt, ainsi que leur mode de fonctionnement, restent encore mal connus.
Mon travail de thèse a donc consisté en l’étude ces matériaux VPO, afin de mieux comprendre le lien entre leurs structures cristallines et leurs propriétés catalytiques. Afin d’obtenir des informations les plus complètes possible, mon travail s’est basé sur une approche multi-échelle des études. Cela implique une combinaison de diverses méthodes de caractérisation permettant de sonder la matière à différents niveaux : la diffraction des rayons X (informations sur les structures à l’échelle globale), la Résonance Magnétique Nucléaire (RMN) du solide (sonde locale de la matière à l’échelle atomique), et des calculs quantiques permettant d’obtenir des paramètres caractéristiques du matériau à partir d’hypothèses structurales à comparer avec les données expérimentales).
L’intérêt de ces études réside dans le fait qu’elles ont été réalisées à la fois ex situ (à température ambiante), mais aussi et surtout operando, c’est-à-dire en conditions catalytiques (en température et sous atmosphère réactive), afin d’étudier ces catalyseurs solides au plus près des conditions industrielles. Le but est donc d’améliorer la compréhension des structures de ces composés et les transitions existant entre eux, en particulier dans des conditions proches du procédé catalytique. »

Les lauréats de 2017

Le 1er prix (1500€) a été remporté par Iuliia MYRGORODSKA, qui a réalisé sa thèse à l’Université de Nice Sophia Antipolis.
« La drogue synthétisée par le héros de Breaking Bad et un inhalateur Vicks pour se décongestionner le nez sont basés sur la méthamphétamine. A une infime différence près: la molécule psychotrope et celle qui décongestionne sont identiques, mais l’une est l’image de l’autre par réflexion dans un miroir; un peu comme la main gauche et la main droite. Dans la nature, seuls certains acides aminés (gauche) sont utilisés pour former les protéines alors que les doubles hélices d’ADN sont basées sur certains sucres (droite). Les réactions chimiques mises en oeuvre au laboratoire pour essayer de reproduire la formation des premières briques moléculaires n’ont jamais réussi à obtenir une telle sélectivité; les sucres et les acides aminés se forment toujours en mélange de 50% de molécules « gauche » / 50 % de molécules « droite ». Cette énigme a récemment été recensée dans le journal Nature comme étant l’une des cinq plus grandes énigmes non résolues par la science.
Mon projet de thèse vise à comprendre comment les molécules de la vie ont été formées sous une seule forme droite ou gauche. Pour cela, j’ai analysé des glaces interstellaires produites au laboratoire où j’ai trouvé une diversité de molécules y compris des sucres et des acides aminés. En étudiant les interactions de la lumière avec la matière pour former des molécules préférentiellement droites ou gauches, j’ai établi le lien entre excès de molécules gauche ou droite et propriétés de la lumière utilisée. Tout cela dans le but de mieux comprendre nos origines. »

Fondation L’Oréal

Le 2nd prix ex-aequo (500€) a été attribué à Cécile ECHALIER qui a réalisé sa thèse à l’Université de Montpellier sous la direction des Pr Gilles Subra (IBMM, Institut des Biomolécules Max Mousseron) et Ahmad Mehdi (ICGM, Institut Charles Gerhardt Montpellier).
« Remplacer votre cartilage usé, régénérer un rein lésé, recevoir une greffe de peau artificielle… autant de défis qui relèvent du domaine de l’ingénierie tissulaire. L’ingénierie tissulaire est une spécialité de la médecine régénératrice consacrée à la production de tissus vivants conçus pour être utilisés comme des greffons ou des organes de remplacement. Les développements dans ce domaine pourraient solutionner le manque de donneurs d’organes qui est un problème majeur de santé publique. Pour atteindre son objectif, l’ingénierie tissulaire fait appel à des biomatériaux capables de mimer l’environnement naturel des cellules pour les guider vers le développement d’un nouveau tissu. Ma thèse présente une nouvelle méthode de préparation de matériaux bioactifs qui s’appuie sur les compétences complémentaires des deux groupes de recherche impliqués dans ce projet. D’une part, l’équipe « Acides aminés, Hétérocycles, Peptides et Protéines » de l’Institut des Biomolécules Max Mousseron qui possède une expertise en chimie organique à l’interface avec la biologie. D’autre part, l’équipe « Chimie Moléculaire et Organisation du Solide » de l’Institut Charles Gerhardt Montpellier qui est spécialisée dans la chimie inorganique et la chimie des matériaux. Cette collaboration a donné naissance à des molécules à l’interface entre la chimie du vivant et le monde inorganique. Ces molécules hybrides sont capables de s’assembler dans des conditions douces par le biais de liaisons chimiques. Nous les utilisons comme des briques LEGO pour former des gels qui possèdent des propriétés intéressantes en biologie. La préparation des gels est extrêmement simple et totalement flexible. D’une part, n’importe quelle molécule d’intérêt biologique peut être incorporée et ainsi donner au matériau l’activité biologique
recherchée. D’autre part, les molécules-LEGO sont capables de s’appareiller quel que soit leur type, on peut donc les combiner pour former un matériau multifonctionnel. La flexibilité de la méthode que nous avons développée a permis d’envisager un grand nombre d’applications qui ont été protégées par un brevet. Au cours de ma dernière année de thèse, plusieurs programmes de recherche ont été lancés pour aller de la preuve de concept vers les applications médicales. En particulier, le projet LEGOGEL financé par l’ANR a pour but de réparer des lésions ostéo-articulaires chez des patients qui souffrent d’arthrose.
J’ai soutenu ma thèse en novembre 2016 et je suis actuellement en post-doctorat à l’EMBL (European Molecular Biology Laboratory, Heidelberg) en Allemagne dans le groupe du Dr. Carsten Schultz. En collaboration avec une filiale de GSK, Cellzome, je développe des outils moléculaires pour étudier le mécanisme d’action de médicaments. »

Le 2nd prix ex-aequo (500€) a été attribué à Niklas VON WOLFF qui a réalisé sa thèse au CEA Saclay sous la direction de Thibault Cantat. « Dans le contexte de l’accumulation du CO2 dans l’atmosphère, le changement climatique et l’épuisement des ressources fossiles dans le futur, il est intéressant de recycler le CO2 en produits à haute valeur ajoutée. En effet, le CO2 représente une forme de carbone peu cher, non-toxique et abondant et son utilisation pourra aider à créer une industrie chimique durable, ainsi que des vecteurs énergétiques avec un cycle de carbone fermé.
La réduction catalytique de CO2 en méthanol (par hydroboration) est alors une réaction très intéressante de ce point de vue. Au laboratoire, nous avons développé un nouveau catalyseur non-métallique (évitant l’utilisation de métaux coûteux ou peu abondants) pour comprendre l’activation du CO2 dans cette transformation. Même si le méthanol peut être utilisé comme brique moléculaire et produit de départ pour l’industrie chimique, d’un point de vue « valeur ajoutée » ce n’est pas le candidat le plus intéressant. Ainsi, nous avons développé une nouvelle méthode pour la formation d’esters (produits utilisés dans les parfums, plastiques, etc.) à partir du CO2 en créant des nouvelles liaisons C–C. En particulier, nous avons montré que le CO2 joue un double rôle dans cette transformation. Il est à la fois réactif et catalyseur, permettant de réaliser la synthèse d’esters en une seule étape à partir de produits de départ peu chers et abondants (CO2 et silanes). La compréhension fine de cette nouvelle réaction, nous a aussi permis de recycler d’autres déchets chimiques. Notamment, nous avons pu montrer que le dioxyde de soufre (responsable pour la pluie acide), peut être utilisé comme produit de départ (et catalyseur) pour la synthèse en une seule étape de sulfones et sulfonamides, fonctionnalités trouvés dans nombreux produits pharmaceutiques «best-sellers » (sildenafil, rosuvastatin, etc.). »

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Les lauréats de 2016

Le 1er prix (1500€) a été remporté par Gauthier DEBLONDE dont les travaux de recherche ont porté sur le développement d’un procédé de production de niobium et de tantale plus respectueux de l’environnement. Le jeune chercheur a réalisé sa thèse sous la direction de  Dr. A.Chagnes et du Pr. G.Cote à l’ENSCP, l’Ecole Nationale Supérieure de Chimie de Paris. Sa thèse a été sponsorisée par le centre de recherche Eramet Research. Aujourd’hui, Gauthier effectue un post-doctorat au prestigieux Lawrence Berkeley National Laboratory (Berkeley, Californie, USA) (13 prix Nobel). Il travaille au sein de l’équipe du Dr. Rebecca Abergel sur la thermodynamique des actinides (actinium, thorium, uranium, plutonium, américium…) et leurs interactions avec les systèmes biologiques.
Les buts principaux de ces recherches étant, à la fois, de comprendre le comportement de ces éléments toxiques dans le corps humain en cas d’ingestion accidentelle ou d’attaque terroriste, mais également d’utiliser certains de leurs isotopes, moins toxiques, comme source de rayonnements pour traiter certaines formes de cancers (alpha immunothérapie).

Le 2nd prix (500€) a été attribué à Claire de March  pour ses travaux portant sur le lien entre une molécule et son odeur. Claire a réalisé sa thèse à l’Université Nice Sophia Antipolis dans l’ICN (Institut de Chimie de Nice) au sein de l’équipe APSM (Arôme Parfum Synthèse et Modélisation). Actuellement en post-doctorat à Duke University – Medical center à Durham (USA), Claire travaille dans l’équipe du Professeur Hiroaki Matsunami dans le département de Molecular Genetics and Microbiology (MGM). L’équipe du Pr. Hiroaki Matsunami est reconnue mondialement pour ses réussites dans l’expression in vitro de récepteurs olfactifs, permettant ainsi d’étudier leur interaction avec les odorants de façon simple et rapide. Elle apporte dans ce laboratoire toute son expertise en chimie et en modélisation moléculaire, alliant ainsi trois des disciplines nécessaires à l’étude de notre sens de l’olfaction.

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Les lauréats de 2015

Le 1er prix (1500€) a été attribué à Claire Sauvée de l’Institut de Chimie Radicalaire (ICR) de l’Université d’Aix-Marseille. Ses travaux ont porté sur la synthèse de nouveaux agents permettant l’analyse de nouvelles molécules par Résonance Magnétique Nucléaire (RMN). Le 2nd prix (500€) a été remis à Thomas Buyck de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne pour ses travaux sur la synthèse et l’utilisation de molécules mimant des acides aminés non-naturels (3D). Cela facilitera par exemple la mise au point de nouveaux médicaments avec la possibilité de contrôler leurs propriétés.

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Les lauréats de 2014

Le 1er prix a été remis à Laurent Debien (Ecole Polytechnique de Palaiseau) pour ses travaux sur l’étude de la réactivité d’espèces radicalaires réputées incontrôlables. Aujourd’hui en poste à l’Université de Stanford (USA), il s’intéresse à la synthèse d’un herbicide naturel puissant. Un 2nd prix a été attribué à Adèle Renaud (IMN à Nantes) pour ses études sur des cellules photovoltaïques prometteuses pour la production d’énergie renouvelable.

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