Prix de thèse de Chimie : 3 docteurs distingués

Le prix de thèse « Ecole de chimie de Rennes – René Dabard » distingue chaque année des docteurs en France pour leurs travaux de thèse réalisés dans les domaines de la chimie et du génie chimique.

Attribué par le Fonds de dotation de l’ENSCR, ce prix vise à récompenser de jeunes chercheurs dont les travaux, d’une grande qualité scientifique, ont contribué au progrès des connaissances scientifiques, à l’innovation technologique et à une meilleure compréhension des enjeux de société et environnementaux.
Les critères d’évaluation portent sur l’originalité de la thématique fondamentale ou appliquée, la prise de risque aux interfaces des domaines des sciences et la production scientifique (publications, brevets, prix).

Le 1er prix (1500€) a été remporté par Johannes KARGES qui a réalisé sa thèse à l’Université PSL/Chimie ParisTech dans l’équipe du Dr. Gilles Gasser. Ses travaux de recherche portent sur la thérapie photodynamique à un ou deux photons.

« Le cancer est l’une des maladies les plus mortelles dans le monde. Pour lutter contre cette maladie, une attention croissante a été accordée à la thérapie photodynamique. Dans ce type de traitement, un médicament inactif est injecté au patient et sélectivement activé par irradiation lumineuse au niveau du site de la tumeur pour générer des espèces cytotoxiques. Bien que le concept soit simple, les défis à relever pour le développement de ces médicaments photoactivables sont difficiles. Les composés couramment utilisés souffrent généralement d’une faible solubilité aqueuse, d’une photo-instabilité, d’une agrégation et d’une lente élimination de l’organisme, ce qui peut entraîner une hépatotoxicité et une photosensibilité chez les patients. Toutes ces limitations combinées posent un besoin imminent pour le développement de nouveaux composés. Au cours de ma thèse de doctorat, de nouveaux complexes de polypyridine de ruthénium ont été mis au point en tant qu’alternatives aux composés à base de porphyrine ou phtalocyanine. Mes composés se sont avérés très solubles dans l’eau, stables dans le plasma humain ainsi sous irradiation lumineuse. Ils sont donc capables de surmonter les limites des composés actuellement utilisés. Tout en étant très actif dans divers modèles de cellules cancéreuses, le composé principal de ma thèse a également démontré qu’il éradiquait une tumeur multirésistante très difficile à traiter dans un modèle de souris. En conséquence, ce composé et d’autres est un nouveau candidat médicament potentiel pour des études cliniques dans la future. »

Un second prix ex-aequo (500€) par ordre alphabétique a été attribué à :
– Anaïs CHALARD a réalisé sa thèse au sein du Laboratoire des Interactions Moléculaires et Réactivité Chimique et Photochimique et du Laboratoire d’Analyse et d’Architecture des Systèmes, en collaboration avec l’unité ToNIC de l’INSERM à l’Université Paul Sabatier à Toulouse. Ses travaux de recherche portent sur les gélifiants supramoléculaires comme support de culture cellulaire.

« La guérison de lésions cérébrales demeure un processus long et laborieux du fait de la rareté des cellules neuronales pouvant se régénérer et de leur difficulté à migrer vers la zone lésée. Le cerveau étant en effet un des organes les plus complexes de l’organisme, le développement de modèles in vitro simplifiés s’avèrent de toute utilité pour son étude en laboratoire. Pour cela, le domaine de l’ingénierie tissulaire a en partie pour objectif de fabriquer des supports adaptés pour la croissance de cellules et ainsi reproduire des tissus biologiques in vitro. L’objectif de ma thèse a été de développer un biomatériau permettant la croissance et le développement de cellules souches neuronales humaines. Contrairement à la majorité des matériaux déjà à l’étude qui sont constitués de longues chaînes de polymère, celui au cœur ma thèse se compose de petites molécules qui s’auto-assemblent sous forme de fibres formant un réseau tridimensionnel, permettant ainsi de retenir de l’eau et de former ce que l’on appelle un hydrogel, dans ce cas appelé gel moléculaire ou supramoléculaire. Plusieurs molécules ont donné des hydrogels satisfaisants pour la culture de neurones et ceux-ci ont alors été étudiés vis-à-vis de leur biocompatibilité et de leur capacité à favoriser la croissance en trois dimensions et la maturation de cellules souches neuronales humaines. Une des molécules étudiées en particulier a donné des résultats prometteurs et celle-ci a alors ensuite été utilisée pour façonner l’hydrogel sous forme de filaments macroscopiques, mais également pour mettre au point son impression 3D, cela dans le but de créer des structures d’architecture bien définies. Les résultats de cette thèse apportent donc de nouvelles possibilités pour le développement de tissu cérébral in vitro et la régénération du cerveau. »

 – Kevin LEMOINE a réalisé sa thèse au sein de l’Institut des Molécules et Matériaux du Mans en collaboration avec le laboratoire de Chimie du Solide et de l’Energie du Collège de France à Paris. Sa thèse porte sur de nouveaux matériaux fluorés d’électrodes positives à cations 3d mixtes pour batteries à ions lithium :

 « D’innombrables travaux de recherche ont permis d’améliorer significativement les performances de nos batteries à ions lithiums depuis ces vingt dernières années. Mais la majeure partie du cobalt utilisé provient en particulier de la République Démocratique du Congo où le plus souvent il est extrait dans des conditions déplorables. Mes travaux de thèse visaient donc à identifier et tester de nouveaux matériaux d’électrode positive performants, respectant les principes de l’équité et soucieux du respect de l’environnement. Le choix s’est basé en particulier sur le fer, élément abondant sur la croûte terrestre. Dans cette thèse, il a été prouvé que les fluorures pourraient être de réels candidats en tant que matériaux actifs de prochaine génération car ils présentent de nombreux intérêts grâce à l’électronégativité élevée du fluor. Cependant, leur nature isolante constitue le principal frein à leur développement. Il a été mis en évidence que des structures tridimensionnelles dites ouvertes sont plus favorables à l’insertion d’ions alcalins. Mélanger différents éléments au sein du matériau peut aussi influencer favorablement les performances comme par exemple la présence d’une mixité oxygène/fluor pour une meilleure conduction électronique. L’ensemble de ce travail a permis d’accéder à une large palette de matériaux fluorés offrant de nombreuses mixités anioniques et cationiques avec des performances dignes d’intérêt en associant des éléments abondants de la croûte terrestre comme le fer et le cuivre.

Pour en savoir plus sur les conditions de participation à ce prix et les anciens lauréats, consulter cette page.